Chap 4 : Quand le chat ronronne

Le ciel était gris, d’un gris qu’on sait qu’il va déverser sur nous un torrent de gouttes. L’air était froid, mais rien d’extraordinaire pour un Onze Novembre, d’ailleurs j’ai peu de souvenir d’un mois de Novembre ensoleillé et doux. L’Arc de Triomphe qui trônait en haut de l’avenue, se découpait sur ce ciel de deuil. Je m’engouffrais dans la bouche du métro la plus proche, je ne voulais pas me faire tremper avant de rentrer chez moi. Les stations défilaient sous mes yeux mais j’étais dans mes pensées, je devais trouver une bonne idée pour ce travail d’écriture demandé pour faire écho au roman absurde de Caldéron. Je n’aimais pas qu’on m’impose une lecture et celle-ci m’avait plongée dans un profond sommeil ennuyé. J’arrivais à Saint Paul, la station se trouvait à deux pas de l’appartement que je partageais avec ma mère. Je consultais ma montre, sur mes écouteurs je fermais mon lecteur MP3 et me dirigeais vers le café où j’étais sure de trouver un endroit où lire tranquillement. Au comptoir je dégainais mon portable où j’avais sélectionné d’un doigt mon café et les options et je payais en passant mon téléphone devant le lecteur de code barre, ma boisson serait prête dans trois minutes selon le message sur mon téléphone, et Nadia me la préparait. Je remerciai Nadia au bout du bar, pris mon Caramel Macchiato, lait de soja avec une dose en plus d’expresso, puis avec une cuillère et une serviette en papier recyclé, je m’installais dans un fauteuil près de la baie vitrée. Je sortis ma tablette de lecture qui me servait pour plein d’autres choses, et je choisis dans le menu iconique mon livre d’étude. A peine cinq pages plus loin, je fus interrompue dans ma lecture par un flash d’info sur les divertissements, celui-ci sur un documentaire sur le Titanic qui gisait au fond de l’Atlantique. Et comme d’habitude je vis le visage de papa apparaitre à l’écran, ses yeux pétillaient de passion, sa figure amincie trahissait qu’il n’était pas passé par un restaurant depuis longtemps. Sitôt mon café fini, je montais quatre à quatre les escaliers menant à notre petit cocon. Mon chat m’attendait à la porte, il se caressa entre mes jambes, laissant des poils visibles sur mon jean noir. Je le suivis dans la cuisine où maman m’avait laissé un mémo sur le réfrigérateur rouge style années 50. J’allais passer ce soir seule avec Toulouse le chat avec un caractère de chien. Maman l’avait ramené un soir de la SPA où elle était bénévole, elle préférait les chiens mais cette petite boule de poils l’avait charmée. Un petit chat roux qui avait grandi en devenant un superbe rouquin au poil angora, il ressemblait à un MainCoon, bien que cette race ne soit pas de couleur rouge, il en était un beau mélange avec sa splendide queue soyeuse qui faisait penser au boa de Joséphine Baker. Je pris une recette au hasard sur le haut du réfrigérateur et allais m’installer dans le salon , le chat sur mes talons. Le canapé était envahi de cousins, de carnets de voyageur et autres magazine du National Geographic, je mettais en pagaille le tout sur le fauteuil et Toulouse sauta sur moi aussitôt. D’humeur joueuse, il commença à me mordiller le poignet et comme je le repoussais il commença sa danse du chat zinzin comme je l’appelais. Une fois assagi, il me laissa attraper la télécommande de la télévision, certaine de me retrouver sur la retransmission des cérémonies du Onze Novembre, mais l’écran me demanda une mise à jour des chaines. Cinq longues minutes plus tard, l’écran se ralluma et l’annonceur parlait étrangement en Anglais, je vérifiai si l’option multilingue était activée, mais ce n’était pas le cas. Alors que j’augmentais le volume, je surpris Toulouse entrain d’attaquer de ses petites dents aigües la fiche de recette que j’avais jetée sur la table basse devant moi. Je récupérai le papier alors qu’ à l’écran le port de New York devenait plus précis, bizarrement le décor que je voyais ne correspondait pas à mes souvenirs de notre dernier voyage à la Grosse Pomme de mai dernier. Quelque chose clochait furieusement, je me précipitai sur mon MacBookAir neuf pour regarder nos photos du Southstreet Seaport, qui n’avait pas la même perspective ni la même activité. Sur l’écran, les gens se pressaient avec sacs et valises, et je n’arrivais pas à distinguer le mini centre commercial où maman et moi avions trouvé toutes ses soldes dans notre magasin préféré, au contraire les caméras montraient un vrai port où les personnes embarquaient sur des bateaux, yachts. Et là je crus halluciner : dans le ciel, des zeppelins dignes de la belle époque tournaient au-dessus du port ! La caméra principale retourna vers les embarcations et se concentra sur le pont d’un énorme bateau de croisière où l’animation grandissait. Des voitures de maitre, des limousines gigantesques arrivaient à sa hauteur, un tapis rouge avait été déroulé pour accueillir les passagers. Comme le caméraman prenait du recul sur son plan, je fus parcourue par un frisson qui fit place à la nausée alors que l’on pouvait maintenant lire clairement sur la banderole de l’embarcadère : Bienvenue au 100ème Anniversaire du RMS Titanic.

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